«Le paludisme est 500 fois plus complexe que le HIV»

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SANTE – En Afrique, un enfant meurt toutes les 10 secondes du paludisme. Le professeur Pierre Druilhe de l’Institut Pasteur, à Paris, explique pourquoi le paludisme est difficile à faire combattre…

En Afrique, un enfant meurt toutes les 10 secondes du paludisme. Et 40% de la population mondiale y est exposé (Afrique, Amérique du sud et Asie du sud). Devant l’urgence, l’institut Pasteur accélère son programme de vaccin contre le paludisme. Le centre de recherche va recevoir le renfort du laboratoire pharmaceutique Sanofi. Le professeur Pierre Druilhe est directeur de l’Unité de parasitologie biomédicale à l’Institut Pasteur de Paris. Il mène les recherches depuis 10 ans et nous explique pourquoi le paludisme est difficile à faire reculer…

Le paludisme, on en parle depuis longtemps. Pourquoi n’arrive t-on pas à l’éradiquer?
Ce n’est pas aussi simple. On en parle depuis longtemps mais les scientifiques ne connaissent pas tout du parasite qui provoque le paludisme. Les molécules du parasite inoculé par le moustique anophèle sont 500 fois plus nombreuses que celles de la grippe ou du sida, par exemple. Imaginez qu’ avec les méthodes couramment employées on mette 10 ans à développer un vaccin contre le sida, et bien le paludisme demanderait, lui, 5 millions d’années. En plus, le paludisme n’est pas unique. Les parasites diffèrent en fonction des moustiques, en fonction des régions, les molécules qui constituent le parasite évoluent. Elle n’est pas stable.

C’est la première fois qu’on parle de vaccin. Quels ont été, jusqu’alors, les moyens de lutte contre le paludisme?
On a tenté les insecticides. On s’est dit qu’en éliminant le moustique, on allait arrêter le virus. Mais en réalité, le moustique a développé une résistance aux insecticides. Ensuite les laboratoires ont développé des médicaments, et là aussi, le parasite a gagné en résistance. Ces deux méthodes ont été un échec, en termes de lutte contre l’endémie. Et on peut le dire, elles ont même augmenté la mortalité. Reste le vaccin.

Vous dites que le parasite du paludisme est 500 fois plus complexe que celui du sida mais vous pensez être sur une voie. C’est étonnant ?
Non. A l’institut pasteur, on a choisi une méthode différente pour arriver au vaccin. Les autres recherches étudient chaque molécule du virus, le paludisme en a 5300. En les étudiant une par une sur des souris et des singes, si on continue à ce train, on n’ y arrivera pas. Nous avons décidé d’observer comment l’organisme développe une protection immunitaire contre le parasite. On a remarqué qu’une molécule du parasite (ou antigène) jouait un rôle important dans la mise en place de cette défense naturelle. Nous avons fait des essais concluants. Cette molécule n’est pas toxique et elle permet chez l’homme la production d’anticorps capables de tuer le parasite. Tout cela a demandé 10 ans de travail.

Où en êtes-vous dans les tests?
A Lausanne (Suisse) , nous avons testé une molécule sur des sujets sains. C’est pour voir si le vaccin n’est pas dangereux. Les résultats sont bons. Après, nous avons testé la molécule au Burkina Faso, sur des enfants. Là encore tous étaient sains et les résultats bons. En ce moment, aux Pays-Bas, nous avons testé une autre molécule sur des personnes saines, au départ, et à qui on a inoculé volontairement le parasite via 5 moustiques. Ce genre de test est inoffensif puisqu’on peut intervenir avant que le parasite induise des symptômes. Là encore, les tests semblent bons. La prochaine campagne se fera en Tanzanie (du 12 au 29 octobre) mais cette fois-ci sur des personnes atteintes du paludisme.

Ce qui veut dire que demain le vaccin sera disponible…
Non, pas tout à fait. Les procédures sont très longues, les tests prennent du temps.Et en plus il faut compter avec la guerre que se livrent les agences de financement, les laboratoires, les confrères qui vous mettent des bâtons dans les roues, les enjeux politiques qu’il y a derrière. Ça prend trop de temps, c’est un scandale. Sans oublier des gens qui comme Bill Gates versent un milliard de dollars de façon désordonnée et principalement pour soigner son image! Dans ce contexte, nous sommes content de recevoir l’aide d’un laboratoire comme Sanofi.

Mais est ce que Sanofi, comme les autres laboratoires, ne voient pas là une poule au œuf d’or ?

Il faut pas être dupe. Mais, travailler avec eux permet d’aller plus vite. Il faut faire la part des choses : il y a aura aussi, je pense, un vaccin qui sera vendu 50 à 80 euros aux touristes des pays riches. Ils sont environ 20 millions à aller dans les zones à risques. C’est à mon avis sur ceux là que les laboratoires feront des bénéfices et financeront les programmes destinés aux populations locales.

Propos recueillis par Mohamed Najmi
 
http://www.20minutes.fr/sciences/188267-Sciences-Le-paludisme-est-500-fois-plus-complexe-que-le-HIV.php#commentaires

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